Pascale Borie | La pro du mouvement

LE BLOG Ekarr Production

Pascale est animatrice…..animatrice ???? Oui animatrice 3D…et 2D d’ailleurs aussi. Découverte de son métier, inconnu, passionnant et réservé à une élite de geeks pointilleux

  • Pascale qui es-tu ? Quelle est ton histoire ?

J’ai 41 ans, j’ai un BAC Littéraire Arts Plastique…j’ai toujours aimé dessiner, enfant, j’ai passé tout mon temps libre devant la TV, des heures et des heures du Club Dorothée !

A 11 ans j’annonçais vouloir remplacer Walt Disney !

Très jeune, je collectionnais les BD et les mangas…pour les anniversaires, c’était facile !

J’ai eu l’envie après le lycée de recevoir un enseignement technique dans le domaine du dessin et me suis donc enclenchée naïvement dans une année de beaux-arts à Pau.

Déception, j’aurai sûrement dû faire Arts Appliqués car hormis les cours de ‘nus’, je ne me suis pas sentie à ma place. Ces cours avaient lieu le soir et nous apprenions à ‘croquer’ les mouvements que le modèle faisait.

Un véritable décorticage du mouvement…qui ne m’a pas été vraiment utile techniquement , mais j’y ai rencontré des personnes qui avaient les mêmes intêrets que moi et m’ont parlé du BTS au Luxembourg.

  • LUXEMBOURG

N’ayant pas les moyens de faire l’école des Gobelins à Paris ou Emile Cohl je pars pour le Luxembourg, ce que j’y apprends me passionne.

Je sors de là à une époque où on commençait juste à utiliser les ordinateurs pour travailler. L’école du Luxembourg était très Old Fashion donc j’ai appris sur ce que l’on appelle un banc-titre d’animation filmé avec une caméra. Un apprentissage « tout à la main ».

Banc-titre d’animation

J’ai appris ce travail de fourmi : on superpose nos dessins comme des calques transparents avec des personnages….la base des claques que l’on connaît sous Photoshop finalement.

  • 12 dessins par seconde pour les mouvements lents
  • 24 dessins par seconde pour les mouvements rapides…..un travail de titan !

Chaque action nécessite l’ajout ou le retrait d’un calque. Je me debrouille plutot pas mal dans la copie de dessin,car je n’ai pas de style établi cela fait de moi une bonne copieuse…le top quand on travaille dans l’animation !

 Je sors de l’école, j’ai alors 20 ans, et l’animation traditionnelle commence à disparaître de l’Europe, tout part en Asie pour réduire les coûts de production.

Il reste 2 métiers qui ne m’intéressent pas trop : Storyboard et le Layout.

Le layout étant la transformation du Storyboard à l’échelle réelle, un travail très axé sur le décor et moi, ce qui m’intéresse c’est le personnage et son mouvement. Le layout consiste à tout mettre en place : la caméra, les personnages, les accessoires qui composent la scène, le son et après on passe le tout à l’animateur. Il pourra ensuite faire bouger les personnages ou les objets.

Le layout étant la transformation du Storyboard à l’échelle réelle, c’est travail très axé sur le décor et moi, ce qui m’intéresse c’est le personnage et son mouvement.

 Je me retrouve donc à rechercher du boulot dans le layout…un peu par dépit.

Une anicenne élève et un intervenant de mon école Luxembourgeoise, ont fondé un studio d’animation et sont venus recruter des talents directement dans ma promo de classe.

Le deal était simple : “on vous forme gratuitement 3 mois, si vous faites l’affaire, embauche garantie !”

C’était parti, me voilà chez Oniria Pictures (qui n’existe plus aujourd’hui), j’y reste presque 3 ans. Je passe un peut par la case Layout puis animatrice enfin ! J’ai d’abord commencé par animé des éléments secondaires comme des foules de personnages en arrière plan puis je suis passée animatrice “senior” et ai eu des plans entier et des plans entier à animer avec les personnages principaux.

J’ai pas mal travaillé sur Moi Renart.

  • A cette époque, quels étaient les logiciels sur lesquels tu travaillais ?

3DS Max au Luxembourg et XSI à Marseille Autodesk Maya a Bristol.

  • MARSEILLE

Me voilà partie ensuite sur Marseille pour bosser sur Manège Enchanté en 3D.

Super équipe, beaucoup de voyages pour moi à cette époque, 2 ans passés à travailler dur et à vivre des moments uniques avec l’équipe du film.

Le film sort et il n’y a pas de nouveau projet avec l’équipe, je dois rebondir sur autre chose et quitter Marseille.

On remercie l’école CREATIVE SEEDS qui nous a prêté le personnage que Pascale a animé pour nous.

  • BRISTOL

Je pars pour l’Angleterre et distribue mon DVD démo à toutes les grosses boîtes avec qui je voulais bosser à l’époque.

Par le biais d’un des réalisateurs du Manège Enchanté, je passe un entretien chez Aardman studio : LA référence dans le milieu de l’animation. Plus connu pour le Stop Motion a notamment réalisé Wallace et Gromit , mais Aardman possède toutefois un studio 3D.

Coup de bol ! J’obtiens une place de 3 mois d’animateur sur une série en cours. La classe !

J’y suis restée 6 ans au final. Je bossais pour des pubs, j’enchaîne les contrats en fonction des projets sur lesquels ils me font travailler puis je passe en CDI, le Graal dans le milieu de l’animation, car c’est rarissime.

  • En quoi consiste le métier de l’animation dans les publicités ?

L’animation dans la publicité, c’est plus organique, moins carré que sur un long métrage. Dans la pub, chacun se retrouve à faire des choses qui ne lui incombe pas forcément mais qu’il faut faire, on sort parfois un peu de nos champs de compétences !

 

Dans les étapes de conception il y a d’abord :

  • la modélisation, c’est ce qui va définir l’aspect d’un personnage
  • il y a ensuite quelqu’un qu’on appelle un ‘rigueur’ qui va mettre le squelette du personnage et poser les ‘contrôleurs’
  • l’animateur qui pourra animer le personnage grâce à ces contrôleurs le tout passe ensuite par l’étape du layout.
  • LOS ANGELES

J’arrive ensuite à L.A dans les studios Sony Pictures pour travailler sur Arthur Christmas.

Bille en tête, j’espère pouvoir suivre l’autoroute de ma carrière et me fixe comme objectif de vivre aux Etats-Unis et de bosser pour Dreamworks.

A l’époque, je vise une méthode de travail où je pourrais obtenir un mouvement parfait de mes personnages, avoir le temps de concevoir chaque détail, faire évoluer ma carrière dans ce sens devient mon leitmotiv.

Par exemple, livrer 3 secondes d’animation pour une semaine de travail c’est très confortable et permet de peaufiner au maximum l’animation produite.

J’ai déjà eu à fournir 21 secondes en une journee pour une serie TV !

A Los Angeles c’est dur, les semaines font 6 jours de travail et les journée 11h.

Équipe fantastique mais une réalisation exigeante….vraiment dur.

J’avais rencontré avant mon départ pour L.A. l’homme avec qui je partage encore ma vie aujourd’hui Simon Landrein.

 Je reste 11 mois là-bas, je ne me sentais finalement pas chez moi, le rythme ne m’a pas plus….mes espoirs d’une carrière américaine s’effacent au fur et à mesure de ces 11 longs mois.

Je reviens à Londres, vivre avec Simon qui travaille dans le milieu de l’animation également mais avec un état d’esprit totalement différent de celui que je quittais la L.A.

  • LONDRES

Je cherche du boulot….je mets 2 mois pour trouver quelque chose. Je trouve un job d’abord chez The Mill pour de la pub.

Puis sur le dessin animé Gumball sur 3 saisons chez Cartoon Network.

Sur plusieurs années j’ai travaillé pour plusieurs studio comme Passion pictures,Red Knuckles,Picasso Pictures , Blinkink .

Tout son parcours est sur Linkedin.

Aujourd’hui maman, je vis sur Bayonne et suis freelance.

J’ai 20 ans d’expérience et continue de bosser pour des clients comme Passion Pictures sur des pubs.

Je travaille avec 60% des clients que j’avais à Londres. Le fait de ne pas être physiquement dans les studios représente encore un frein pour certains, mais ne freine pas non plus mes missions.

Je suis parfois amenée à connecter mon ordi directement sur les ordinateurs des Studios de Londres. Je bosse directement sur leur machine tout en étant à Bayonne ! Je dois travailler toujours sur la dernière version des éléments qui constituent la scène que je vais animer, alors j’utilise certaines techniques.

  • Tes influences ?

Les studios Disney | Le club Dorothée | Studio GhibliLe Dieu de l’animation et du mouvement pour moi : Glen Keane.
Simon Landrein j’ai adoré travailler sur le clip https://www.simonlandrein.com/DAN-CROLL-TOKYO-MUSIC-VIDEO

Aujourd’hui ma vision de l’animation a évolué, j’ai davantage plaisir à m’attarder sur le message global de ce que j’anime que sur la beauté de l’animation en elle même ou la perfection que j’ai parfois voulu obtenir.

Mon regard est plus global, j’ai envie d’aller à l’essentiel, c’est le message qui m’intéresse le plus.

Merci Pascale !